Facebook, LinkedIn : entre agressivité et discours sans saveur
Facebook et LinkedIn semblent fonctionner selon deux logiques très différentes. Sur l'un, les échanges peuvent rapidement tourner à l'insulte et au mépris. Sur l'autre, les publications professionnelles donnent parfois l'impression que personne ne veut prendre le risque de déplaire.
Facebook : quand la réaction remplace la réflexion
Sur Facebook, il suffit parfois de lire les commentaires sous une publication qui sort des idées habituelles pour mesurer à quel point les échanges peuvent rapidement se dégrader.
Les insultes, le mépris et les attaques personnelles prennent alors le dessus sur les arguments. Les personnes qui défendent des idées différentes, remettent en question certaines habitudes ou proposent de faire évoluer la société deviennent facilement des cibles.
Bien sûr, tous les échanges ne ressemblent pas à cela. Mais cette tendance pose une vraie question : à quoi sert un espace de discussion si penser autrement suffit à déclencher une avalanche d'hostilité ?
Le débat devrait permettre de confronter des idées, pas de chercher à faire taire celles et ceux qui ne pensent pas comme nous.
LinkedIn : surtout ne froisser personne
Sur LinkedIn, le problème me semble presque inverse.
Les publications professionnelles sont souvent très soignées, positives, consensuelles. On célèbre les réussites, les performances, les nouvelles opportunités et les ambitions.
Mais à force de vouloir préserver son image professionnelle, on finit parfois par ne plus exprimer grand-chose.
Prendre position sur une question de société, défendre une conviction ou remettre en cause certaines pratiques pourrait déplaire à une partie de sa clientèle ou de son réseau.
Alors on préfère les publications sans risque, les formules convenues et les messages auxquels tout le monde peut applaudir sans avoir réellement à réfléchir.
À vouloir ne froisser personne, on risque surtout de ne plus rien dire.
La réussite économique est-elle devenue la seule mesure du progrès ?
Sur les réseaux professionnels, certains mots reviennent constamment : compétitivité, croissance, rentabilité, parts de marché, performance, réussite.
Ces questions ont évidemment leur importance dans la vie d'une entreprise. Mais elles ne devraient pas occuper toute la place.
Qu'en est-il de la solidarité, du partage, du respect, de la coopération ou de notre responsabilité envers les autres êtres vivants ?
Ces valeurs ne se mesurent pas toujours en chiffre d'affaires ou en retour sur investissement. Elles contribuent pourtant à la qualité de nos relations et de notre environnement.
Exercer une activité indépendante ne devrait pas obliger à considérer chaque décision uniquement sous l'angle de sa rentabilité.
Une entreprise peut aussi être un moyen de défendre des convictions et de contribuer, à son échelle, à quelque chose d'utile.
Communiquer ne devrait pas signifier renoncer à ses convictions
Il est parfaitement possible d'être professionnel, de respecter sa clientèle et de défendre des positions qui ne font pas l'unanimité.
Une communication sincère n'impose pas d'être constamment provocatrice. Elle suppose simplement de ne pas dissimuler systématiquement ses convictions derrière des messages soigneusement calibrés.
De la même manière, exprimer un désaccord ne devrait jamais dispenser de respecter les personnes auxquelles on s'adresse.
Il existe un espace entre l'agressivité et le conformisme, entre la volonté de provoquer à tout prix et la peur permanente de déplaire.
C'est précisément dans cet espace que les réseaux sociaux pourraient retrouver une partie de leur intérêt : permettre de discuter, de questionner et de faire circuler des idées.
Et si le progrès ne se résumait pas à la croissance ?
Le progrès ne devrait pas se mesurer uniquement à l'évolution d'un chiffre d'affaires, à une augmentation de productivité ou à la conquête de nouveaux marchés.
Il peut aussi se traduire par de meilleures relations humaines, davantage de solidarité, une attention accrue à notre environnement ou une remise en question de pratiques devenues habituelles.
Les réseaux sociaux pourraient être des lieux où ces questions trouvent davantage de place.
Mais pour cela, il faudrait peut-être accepter deux choses : réfléchir avant de s'exprimer et oser s'exprimer après avoir réfléchi.
Car finalement, c'est ce qui me frappe dans cette opposition entre Facebook et LinkedIn.
Sur Facebook, on dit parfois n'importe quoi sans réfléchir. Sur LinkedIn, on réfléchit parfois surtout à ne rien dire.
Et pendant ce temps, on continue trop souvent de confondre progrès et croissance économique.
À retenir
Entre l'agressivité de certains échanges sur Facebook et la communication parfois trop consensuelle sur LinkedIn, les réseaux sociaux peinent à trouver un équilibre entre liberté d'expression, respect et sincérité.
Pourtant, communiquer devrait aussi permettre de défendre des convictions, de questionner les habitudes et de rappeler que la réussite économique n'est pas la seule mesure du progrès.
La solidarité, le partage, le respect des êtres vivants et la qualité des relations méritent également leur place dans les échanges professionnels.